Ituri : Le harcèlement fiscal bloque le retour des habitants à Badengaido
À Badengaido, dans le territoire de Mambasa, l’heure devrait être au repeuplement et à la reconstruction après les vagues d’attaques des rebelles ADF qui ont secoué la région en mars et avril derniers. Pourtant, un obstacle majeur se dresse aujourd’hui devant les déplacés qui tentent de regagner timidement leurs foyers ; une pression fiscale étouffante, jugée totalement prématurée par les forces vives locales.
Sur place, la reprise économique reste extrêmement fragile, avec à peine 30 % des opérateurs économiques qui ont osé rouvrir leurs portes, encore hantés par la psychose des pillages et des massacres, notamment celui du centre commercial de Muchacha. C’est dans ce contexte de grande vulnérabilité que les services de l’État ont choisi de réinvestir massivement la zone pour exiger le paiement des taxes, sans accorder le moindre répit humanitaire aux sinistrés.
Cette situation suscite l’indignation des défenseurs des droits humains locaux, qui dénoncent un harcèlement déconnecté de la réalité du terrain. « Ce qui nous étonne, c’est que nous voyons les services de l’État s’abattre sur nous comme la pluie », s’insurge Ngoy Ilunga Léonard, activiste des droits humains à Badengaido. Pour ce leader d’opinion, sa mission consiste ici à protéger une population meurtrie contre des mesures administratives asphyxiantes.
Le principal problème réside dans l’absence de clients, la majeure partie de la population vivant encore cachée en brousse par peur de l’insécurité. Sans pouvoir d’achat local, les rares commerçants installés tournent à vide et ne réalisent presque aucune recette. « Le peu qu’un commerçant vend aujourd’hui doit d’abord servir à nourrir sa famille », rappelle Ngoy Ilunga Léonard. Les opérateurs économiques se retrouvent ainsi pris en étau entre le besoin vital de nourrir leurs proches et la traque des agents du fisc, activement soutenus par certaines autorités locales. Pourtant, l’activiste rappelle que les forces vives ne contestent pas le principe de l’impôt, qui reste un devoir civique et constitutionnel pour tout citoyen congolais.
Ce qui est mis en cause, c’est l’absence totale d’empathie et de discernement des autorités face à des vagues de retours aussi timides. Pour permettre à Badengaido de revivre, la population et les défenseurs des droits humains réclament un sursis fiscal urgent, le temps que la sécurité se consolide et que les habitants puissent regagner massivement leurs maisons.
Ibrahim Dhelo David, depuis Bunia
