RDC : La LUCHA Mambasa rejette une suspension jugée inconstitutionnelle et plaide pour le dialogue
À Mambasa, l’espace civique traverse une zone de turbulences qui interroge les fondements mêmes de la gouvernance locale et de la cohésion sociale. Au cœur de cette tension, la décision n°322/BUR/AT/MMJB/T.M’SA/2026, signée le 17 juin 2026 par l’Administrateur du Territoire, prononce la suspension des activités du mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA) sur l’ensemble de cette entité de la République Démocratique du Congo.
Cette mesure, loin d’apaiser les esprits, suscite de vives inquiétudes quant à la préservation des libertés publiques et ouvre un débat crucial sur les mécanismes de consolidation de la paix par le droit et le dialogue. Comme le souligne le document, le mouvement citoyen rejette catégoriquement cette décision qu’il qualifie de mesure « sans fondement juridique » constituant « une atteinte grave aux libertés fondamentales garanties par la Constitution de la République démocratique du Congo ».
Face à ce qu’elle considère comme une dérive, la cellule de communication de la LUCHA Mambasa a réagi avec fermeté ce 26 juin 2026, en publiant une analyse rigoureuse qui met en exergue les garanties constitutionnelles congolaises. Le mouvement rappelle sa nature profonde, celle d’une dynamique « non violente, indépendante et non partisan » qui n’est « ni une organisation non gouvernementale ni une association soumise à une autorisation administrative préalable ». En s’appuyant sur les articles 23 à 27 de la Constitution, qui sanctuarisent les libertés d’expression, de réunion et le régime d’information préalable pour les manifestations, l’organisation soutient le caractère infondé de cette suspension.
Pour les militants, la légitimité de leurs actions, notamment la récente journée « ville morte », repose sur le strict respect des textes : « la LUCHA a scrupuleusement respecté les exigences constitutionnelles en informant préalablement l’autorité compétente, laquelle en a accusé réception ». L’acte administratif de l’autorité territoriale reproche notamment au mouvement des faits graves tels que le chantage, la pression sur les opérateurs économiques ou l’incitation à la rébellion. Des accusations que la LUCHA rejette en bloc, soulignant l’absence de preuves matérielles et rappelant le principe fondamental de la présomption d’innocence dans un État de droit. Au-delà du conflit juridique, l’enjeu majeur réside dans la méthode de résolution des contestations sociales au sein de la communauté.
Une approche journalistique axée sur la paix invite à observer la manière dont le silence imposé peut fragiliser le tissu social plutôt que de le protéger. C’est précisément cette dynamique que dénonce le mouvement : « Dans un État démocratique, la paix sociale ne se construit ni par l’intimidation ni par le silence imposé aux citoyens, mais par l’écoute, le dialogue et le respect des droits constitutionnels ». La pérennité de la stabilité à Mambasa dépendra de la capacité des acteurs publics et civils à substituer la confrontation administrative par un espace de concertation. Tout en refusant de se soumettre à cette suspension qu’elle juge contraire aux engagements internationaux de la RDC, la LUCHA réaffirme son attachement à l’ordre démocratique.
Le mouvement assure qu’il « poursuivra son engagement citoyen par des moyens exclusivement pacifiques » et lance un appel direct aux autorités pour « privilégier le dialogue républicain, le respect des libertés publiques et la recherche de solutions durables aux préoccupations légitimes de la population ». En définitive, cette crise rappelle que la paix n’est pas simplement l’absence de revendications, mais un processus continu de justice, de transparence et d’écoute mutuelle entre gouvernants et gouvernés.
Ibrahim Dhelo David, depuis Bunia
