Mambasa : un journaliste arbitrairement détenu pour avoir filmé l’exploitation de bois, l’ONG Protection Plus saisit l’Auditorat militaire
La liberté de la presse a une nouvelle fois été rudement éprouvée ce dimanche 31 mai 2026 à Mayuano, dans le territoire de Mambasa. Le journaliste Roger Kakulirahi a été privé de sa liberté durant plus de dix heures, de 7h00 à 17h30, alors qu’il exerçait légitimement ses fonctions sur le terrain.
À l’origine de cette interpellation musclée, une décision du commandant en second de la Police Nationale Congolaise (PNC) locale, l’officier Moke, qui semble avoir confondu l’uniforme de la République avec la défense d’intérêts purement privés. Le tort du reporter ? Avoir braqué son objectif sur des cargaisons de planches de bois exploitées dans la région. Une initiative journalistique banale, mais visiblement jugée trop indiscrète par les autorités policières locales.
Alertée par ce énième abus de pouvoir, l’Organisation non gouvernementale de défense des droits humains Protection Plus est immédiatement montée au créneau pour dénoncer une dérive liberticide majeure. Par la voix de son facilitateur et défenseur des droits humains, Me John Vuleveryo Musombolwa, l’organisation fustige une « réaction disproportionnée et illégale qui révèle une volonté manifeste de porter atteinte à la liberté d’informer et à la liberté d’aller et venir », deux principes pourtant sanctuarisés par la Constitution congolaise.
Au-delà de l’entrave flagrante au travail journalistique, l’affaire prend une tournure d’autant plus grave que des soupçons de conflits d’intérêts pèsent sur l’initiateur de l’arrestation. Selon plusieurs témoignages concordants recueillis sur place, l’officier Moke serait lui-même personnellement impliqué dans le commerce de bois de la région. Une activité commerciale strictement incompatible avec le statut d’un officier de police, aux antipodes des règles déontologiques de la PNC, et qui s’apparente ici à une tentative d’intimidation pour couvrir des affaires à l’ombre de la loi.
Face à ce qu’elle qualifie d’ « atteinte grave à la liberté de la presse, de violation flagrante des droits fondamentaux et d’abus de pouvoir qui ne saurait rester impuni », l’ONGDH Protection Plus refuse le statu quo de l’impunité. L’organisation exige l’ouverture immédiate d’une enquête indépendante et demande formellement à l’Auditorat militaire compétent de se saisir du dossier afin d’interpeller l’officier Moke sans délai.
Alors que le journaliste a finalement été libéré en fin de journée, le combat judiciaire ne fait que commencer à Mambasa, où la société civile promet de demeurer vigilante pour que la force de la loi l’emporte définitivement sur la loi de la force.
Rédaction
